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Juillet 2026

Facturation électronique

Facture électronique et autofacturation : ce que les Cas 19B et 23 changent concrètement pour vous

Le déploiement de la réforme de la facturation électronique en France soulève de nombreuses questions pratiques, en particulier sur la gestion des flux dits « inversés ». Parmi eux, l’autofacturation occupe une place à part : le mécanisme est ancien, mais son intégration dans le circuit de l’e-invoicing bouleverse les habitudes de nombreux secteurs.

Introduction

Dans cet article, nous décryptons l’autofacturation sous trois angles : ses règles juridiques, sa mécanique technique et des exemples concrets tirés du quotidien des entreprises et des cabinets.

1. Cadre juridique : trois idées reçues à écarter

L’autofacturation est le mécanisme par lequel l’acheteur (le client) émet la facture de vente au nom et pour le compte du vendeur (le fournisseur).

Idée reçue n° 1 : « C’est une nouveauté créée par la réforme. » Faux. L’autofacturation existe de longue date dans le Code général des impôts (article 289, I-2). La réforme ne crée pas le mécanisme : elle impose sa dématérialisation et son passage dans le circuit de l’e-invoicing et de l’e-reporting.

Idée reçue n° 2 : « On peut la pratiquer de gré à gré, sans écrit. » Faux. L’autofacturation exige obligatoirement la conclusion d’un mandat de facturation préalable et écrit entre le vendeur (mandant) et l’acheteur (mandataire).

Notre conseil : profitez de la mise en conformité avec la réforme pour recenser tous vos accords d’autofacturation existants et vérifier qu’un mandat écrit, à jour et signé, couvre bien chacun d’eux. À défaut, régularisez avant l’entrée en vigueur des obligations.

Idée reçue n° 3 : « En tant que vendeur, je ne suis plus responsable de la facture. » Faux. Même si l’acheteur génère le document, le vendeur reste le redevable légal de la TVA et conserve l’entière responsabilité fiscale des mentions portées sur la facture.

Notre conseil : mettez en place un contrôle systématique des factures émises pour votre compte (taux de TVA, mentions obligatoires, numérotation). La responsabilité fiscale ne se délègue pas, même lorsque l’émission est déléguée.

2. Qui est concerné ? Quatre cas d’usage sectoriels

Exemple 1 : l’agriculteur et sa coopérative (le cas classique)

Un agriculteur livre 50 tonnes de blé à sa coopérative. Au moment de la livraison, il ne connaît pas le prix final, qui dépend des cours, de la qualité et du taux d’humidité. C’est la coopérative qui pèse, contrôle la qualité, calcule le prix net et émet la facture de vente au nom de l’agriculteur.

Avec la réforme (Cas 19B), la coopérative, en qualité d’acheteur, transmet la facture à sa plateforme. Celle-ci la pousse à la fois vers l’administration fiscale et vers la plateforme de réception de l’agriculteur, qui est le vendeur.

Exemple 2 : la revente d’électricité photovoltaïque (Cas 23)

Un bâtiment agricole, un entrepôt ou un particulier produit de l’électricité et la revend à EDF Obligation d’Achat ou à Enercoop. C’est l’acheteur qui calcule le nombre de kWh injectés sur le réseau et qui émet la facture de vente pour le compte du producteur.

Le seuil fiscal des 3 kWc est déterminant :

  • Installation inférieure ou égale à 3 kWc (maison individuelle classique) : il n’y a pas d’activité économique au sens de la TVA. Le producteur est hors du champ de la réforme.
  • Installation supérieure à 3 kWc (toit d’entrepôt, hangar agricole, grande maison) : l’activité est commerciale, soumise ou exonérée de TVA, et entre pleinement dans le champ du Cas 19B. EDF envoie la facture dans le circuit e-invoicing et le producteur doit la recevoir sur sa plateforme.

Notre conseil : si vous exploitez une installation de plus de 3 kWc, ne découvrez pas la réforme au moment où la première facture électronique vous parviendra. Anticipez le choix de votre plateforme de réception et vérifiez que votre immatriculation fiscale est cohérente avec cette activité.

Exemple 3 : le loueur en meublé et la résidence de tourisme

Un propriétaire particulier confie son appartement à un exploitant de résidence de tourisme. L’exploitant émet les factures de loyer pour le compte du propriétaire bailleur, en autofacturation. Le propriétaire, en qualité de vendeur, devra donc recevoir ses factures de loyers sur son espace de réception électronique.

Exemple 4 : les apporteurs d’affaires et courtiers

Un agent immobilier ou un apporteur d’affaires réalise une mise en relation pour une grande entreprise. C’est cette dernière qui calcule le montant de la commission due et génère l’autofacturation pour le compte de l’apporteur d’affaires.

3. Cas 19A ou Cas 19B : ne pas les confondre

La norme AFNOR / FNFE distingue nettement deux situations dans lesquelles un tiers intervient dans l’émission de la facture :

CritèreCas 19A : facturation pour le compte de tiersCas 19B : autofacturation
Qui émet ?Un tiers mandataire externe (cabinet, courtier, agent)L’acheteur lui-même (le client final)
Sens du fluxSens classique : du tiers ou du vendeur vers l’acheteurSens inversé : de l’acheteur vers le vendeur
Arrivée sur la plateformeL’acheteur reçoit une facture d’achat standardLe vendeur reçoit une facture de vente sur sa plateforme de réception

4. La mécanique des flux du Cas 19B

Le point le plus contre-intuitif de l’autofacturation dématérialisée réside dans le parcours du fichier :

1. L’acheteur mandataire (la coopérative, EDF OA, l’exploitant) génère la facture de vente pour le compte du vendeur et la transmet à sa propre plateforme d’émission.

2. La plateforme d’émission de l’acheteur transmet les données à l’administration fiscale (PPF / centralisateur) au titre de l’e-invoicing et de l’e-reporting.

3. La plateforme de réception du vendeur (la boîte de réception de l’agriculteur, du producteur ou du bailleur) reçoit simultanément la facture de vente.

Autrement dit : le vendeur ne fait que recevoir une facture de vente qu’il n’a pas émise. Son rôle actif se déplace de l’émission vers le contrôle.

En conclusion

L’autofacturation n’est pas une invention de la réforme, mais celle-ci en change profondément la pratique : mandat écrit obligatoire, circuit électronique imposé, réception des factures de vente sur la plateforme du vendeur et responsabilité fiscale inchangée.

Notre conseil : que vous soyez agriculteur, producteur photovoltaïque, loueur en meublé ou apporteur d’affaires, faites auditer dès maintenant vos flux d’autofacturation. Un diagnostic en amont évite les rejets de factures, les ruptures de trésorerie et les risques fiscaux au démarrage de la réforme.

Notre cabinet accompagne les entreprises et les particuliers concernés dans la mise en conformité de leurs flux de facturation électronique : diagnostic des cas d’usage, choix de la plateforme, rédaction des mandats de facturation et sécurisation fiscale. Contactez-nous pour un premier échange.

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